Le polichineur d'écritoire
OlafLe polichineur de tiroirs
AdamLe polichineur de laboratoire
Cache-CoeurOne-woman-caravane-show
Le festival des arts forains de Namur. Léandre est là, les Royales marionnettes, les 26000 couverts avec « Beaucoup de bruit pour rien » (courez les voir !), Annibal, le Tof, Pickled Image, et plein d’autres. RICHARD, le polichineur d’écritoire jouera quatre fois dans la cour d’une école, puis une « version salle » dans le foyer du grand théâtre. Cet après-midi-là, sur les 90 sièges, il y aura 150 personnes, et on en refusera 200. Le soir, dans la cour pluvieuse, Richard pleure pour une petite centaine d’imperméables rangés sur les gradins (« Je raconte encore une histoire, ou bien vous voulez plutôt que je m’arrête ? » demande Richard. « Encore ! » disent-ils le visage plein d’eau. « D’accord, voilà Richard III ! Tu connais ? Non ? Alors je te raconte ! »). Mais la meilleure aura lieu dimanche, dernière du festival, quand ils sont trois cent tout autour de lui, debout, assis, accroupis dans le soir qui descend. Richard sort sous un tonnerre d’applaudissements. Le public est debout, et les frissons parcourent mon dos.
Ils ont croisé le Polichineur de tiroirs à Charleville en 2003. L’ont invité en 2004. Impossible. En 2005 : Non plus. En 2006 : Pas plus, trop occupé. Ce sera 2007. Et une tournée de trois villes : Belo Horizonte. Une forêt de ciment. Des boulevards larges où filent les voitures, des vieux bus, des ambulances qui hurlent, des immeubles comme des chatouille-ciel et qui sortent leur crane bétonneux dans la foule des bâtiments superposés, serrés, coincés débordant et éternellement carrés, droits, gris, noirs, clairs où s’entrecroisent des chemins de fer, des dizaines de motos et le trajet quotidien de deux millions deux cent mille piétons. La montagne encercle tout ça, et le parc municipal en est le cœur, exactement. C’est là que je jouerai. Sous les ficus, Praça do sol. Place du Soleil. Le public est nombreux et très présent. Mon portugais fait mouche. Puis Londrina : ville universitaire construite il y a à peine 70 ans. Elle grouille de commerces, de cartes de crédit, de banques et de petits marchands à la sauvette. Je joue pour eux dans cette rue principale consumériste, puis dans le Shopping-Center entre Mc Donald et Armani. Ensuite sur un marché où m’agresse un commerçant qui veut que je paie ma taxe (No Fallo Portugès !), enfin dans un terminal de bus, sorte d’énorme aérogare où les annonces de départ interrompent mon jeu. Sous les néons blêmes, un cercle de cent personnes qui ont suivi mon spectacle à travers la ville ces trois deniers jours me font une ovation à l’occasion de la dernière. Enfin, Canela : « Perla do Brasil », une ville autrichienne en plein Sud d’un pays tropical ! Chalets de bois, montagnes et sapins, décorations dans les rues autour des cabanes d’artisans et de la Casa del Papa Noël !! Avec la température qui avoisine les 5 à 10 degrés (on est dans l’hémisphère sud), on se croirait en pleine braderie de Noël au Tyrol ! L’épicier me dit « Bom dia » puis « Auf Wider Zen ». Et le spectacle se donne sur les marches de la Catedral de pedra, une cathédrale simili-gothique-simili-gothan-city. Sur ces marches, une demi-heure avant ma dernière représentation, une dame se souvient de ses leçons de français. « Bonjour, je ne parle le français bien pas » « Ah ? C’est très bien, déjà ! » « Mais je souviens moi de la leçon du littérature français. Charles Baudelaire. » « Oui ! » Et voilà qu’elle me récite « L’ivresse » de ce bon vieux Charles. Par cœur. Elle a appris des vers, syllabe après syllabe, et ne parle que très mal la langue vivante. Etrange méthode de nos pères. «Il faut être toujours ivre, tout est là, c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu… » Merci Charles, merci Madame, merci le Brésil. Merci Lelo, mi Irmao et Adriana, et Sergio, et …
Si un jour la mer a fini de monter, s’il ne reste qu’une seule île au monde, ça pourrait être la Réunion. Les hommes auront reculé d’un pas pour grimper la montagne. Mais ils seront tous là : toutes les races sont représentées : les Zoreilles, les Mal’bars, les Zarabs, les Cafs, les Chinois, mélangés, métissés, et les femmes seront belles, et les hommes seront forts, et la forêt, et les prairies comme dans les Alpes, et le sable et la lave, et le bois et le sucre seront là, seule image du monde en ce globe inondé. La Réunion est la carte de visite de l’humanité. Et sur cette carte de visite, « Le Sèchoir » de St Leu a invité notre Polichineur de tiroirs. Pour le Festival Leu Tempo, il se tiendra debout dans un jardin, à l’ombre d’un badamier où pendent des nids de béliers. Mais avant, il faudra faire le tour de l’Ile : les Hauts, d’abord, dans la végétation dense de bagnans pleins de lianes, de palmiers, d’arbres du voyageur, de palmiers et des cours d’écoles où les petits Créoles crient en riant « Marlboro Lé mort ! ». Puis St Denis, capitale, ville de l’aviateur Roland-Garros où les rues, les places, et (forcément) l’aéroport s’appellent Roland-Garros. Cette fois, le Polichineur pose son armoire au Château Morange, énorme maison coloniale blanche dont le parc est peuplé d’enfants de toutes les couleurs. Enfin, St André, de l’autre côté de l’Ile, côté sur le vent, côté pluvieux où, ça ne pouvait pas manquer, le spectacle est interrompu par une averse tropicale. Qu’à cela ne tienne, je joue au milieu de la rangée de fauteuils du théâtre. A quelques pas de là, comme partout ici, l’océan gronde, chuchote et raconte l’histoire des quarantièmes rugissants.
Enfin Molière ! Nous le retrouvons en compagnie des 7 nains sur la scène du « Petit Théâtre du Conservatoire » de Québec, à l’occasion du Festival d’été, qui nous invite pour la quatrième fois !! Le public commence à nous connaître et vient au rendez-vous : De cinquante curieux, le premier soir, nous passons à deux cent en standing ovation les deux derniers! Et comme la délégation Wallonie-Bruxelles fête ses 25 ans de présence à Québec, nous ferons « la bringue » avec le délégué, avec Okidok, Cramique, Héliotrope, le chocolat et les gaufres liégeoises sous la drache nationale ! Mais pas avec Dirk et Fien, qui sont pourtant là ? Oui mais ils sont Flamands, dit-on dans les couloirs…
Le marathon commence. Je dois jouer trois représentations aujourd’hui, de trois spectacles différents : la trilogie des professeurs, à 14h, 16h et 21h.
Olaf passe la barre sans aucuns soucis. On décolle avec le public ici comme de rien. Facile, léger, envolé. Adam, accueil quelques classes qui se mêlent au public adulte mais ne peut pas s’empêcher de faire du bruit dans les gradins métalliques. A peine est-ce fini qu’ils se lèvent et descendent l’escalier, sans même applaudir. Xavier est là, le collègue de Sergio qui me dit à l’heure du repas : « En sortant, j’étais illuminé, tranquille, ouvert, émerveillé comme après deux heures de méditation, ou un an de vie en Ashram. » il a vécu en Ashram. Sergio, qui l’entend lui répond : « Et oui, c’est le travail de Stéphane. ». C’est un compliment formidable qui répond à mes « Etats de Soleil ».
Et ce soir, Richard, qui emmène les gens dans un très beau silence ponctué de rires. La nuit est fraîche et humide en Ardenne. Y faire un tour me laisse respirer de ce morceau de ciel où l’on s’est envolé. C’est la solitude terrible de celui qui sort du théâtre.
Je ne dirais pas qu'il est plus facile de faire rire le Patagon que le Parisien. Le Parisien sait tout, de toutes façons.
Et pour commencer, puisque je comence mon spectacle en disant "Bonjour, je m'appelle Richard, et vous?", le Parisien ne se sent pas honoré de ce salut, il se sent humilié, comme sorti de son antre noire et nocturne où il espérait se cacher pour observer la scène, alors que le Patagon (comme le Lapon, le Belge ou l'hispanophone) se sent honoré de me savoir honoré de l'avoir salué. Cette rencontre va compter.
Le Parisien, d'ailleurs, n'applaudit pas. Il ne rit pas non plus. Il ne répond pas aux questions. Il se place comme obseravteur critique de ce qui va se dérouler devant lui, pour pouvoir en parler et donner son avis.
Un avis parisien ça compte pour deux avis ordinaires.
Le Parisien déteste d'ailleuirs le Patagon. Il ne faut pas les mélanger. Le Parisien regarde le Patagon en pensant "Il ne parle même pas le français. Que fait ce type sur la même planète que moi?" Et le Patagon sourit, un peu naïf, émerveillé.
"Ris, et tout le monde rira avec toi. Pleure, et tu seras seul à pleurer." C'est inscrit dans le programme du théâtre. Et c'est un peu triste.
Pour le Parisien c'est seulement normal.
Et ce soir, ce sera la dernière de Richard entre les murs du théâtre Jean Arp, à Clamart. Nous sommes vendredi. La foule est serrée : 82 personnes sur 80 chaises, plus l'équipe du théâtre, debout derrière.
Le public démarre au quart de tour.
- Bonjour, comment tu t'appelles?
- Gérard.
Gérad rigole comme un fou, du début à la fin, en sautant sur sa chaise, en lançant ses jambes et ses bras. Il n'en peut plus de rire.
- Bonjour, et toi?
- Françoise
Françoise commente tout le spectacle. Elle annonce ce que je vais faire, trouve ceci ou cela plus ou moins drôle, pose des questions, essaie des jeux de mots, voudrait tout faire à ma place.
- Ciao, je souis Ricardo, comment tou t'appélle?
- Joanna.
Joanna est Sud-Américaine. Elle a 40 ans, de longs cheveux noirs et un sourire généreux.
Quand le spectacle est terminé, je me rends au bar pour signer quelques livres. Une table m'appelle : c'est Gérard, Françoise, Joanna et quelques autres : tout le conseil municipal de Clamart!!
Dans cette ville de fous, je suis tombé sur les plus drôles!
Ma toute première (et peut-être unique) représentation à Sydney, antipode de mon village, se passe dans une église. Une ancienne église, rassurez-vous, dont la façade est celle d’un ancien hangar de marchandises du XIX siècle. Les oiseaux sculptés, les plantes et les animaux sont tous indigènes. Et l’intérieur est tatoué de motifs « aboriginaux ». J’occupe une large scène basse en plancher clair et les fenêtres y dessinent des taches carrées sur le sol. Steven et Sue, qui m’invitent ici, disposent une centaine de chaises. Sue a fait du café et des gâteaux. Le public s’envolera comme de rien dans mes délires à la sauce belge.
La seconde se déroule à Bowral, petit village dans la campagne des Southern Highlands où les magpies, sortes de grosses pies de là-bas semblent garder le cimetière pour elle seules. Je retiendrai les shortbtbreads, ces délicieux gâteaux servis avec le thé après la représentation.
Mais plus intéressant : l’ambassade de Belgique à Canberra. Oui. J’ai projeté du dentifrice sur les murs de l’ambassade! Et cela a fait rire les invites! Commençons par le début : Sue a fait savoir qu’un artiste belge venait jouer. L’ambassadeur nous invite donc pour un lunch ce mercredi. Je m’attendais à une petite table en compagnie de Steven, Sue, Monsieur et Madame l’Ambassadeur. il n’en est rien : lorsque nous arrivons, une quinzaine d’invités nous attendent avec un 'Aaaah! Voici l’invité d’honneur!!", et je prends une Stella Artois en apéritif. Il y a là une directrice de théâtre, les employés de l’ambassade, quelques résidus de belges résidents, et des conversations en trois langues qui font semblant de s’intéresser à la marionnette. - Et vous les sculptez-vous même? Comment devient-on marionnettiste? - Je les achète au supermarché, et je ne suis pas marionnettiste.
Et après le dessert (gâteau au chocolat Côte d’Or et fraises fraîches de novembre), il m’a été demandé de jouer un extrait. Je sors donc de mon sachet plastique (il est toujours agréable d’entrer dans une ambassade avec un sachet de courses, l’effet est garanti) une brosse à dents et un tube de dentifrice pour les poser sur la table louis XVI en noyer ciré dans un coin de la pièce. Les convives prennent les fauteuils. Aussitôt, je commence.
Ça marche. Peut-être poliment au début, franchement au milieu et dégoutés à la fin, mais ils rient et applaudissent! Et le dentifrice (un fond de lait) a été projeté sur le papier à tapisser! Dans la voiture, au retour, nous en rions encore!
Steven retrouve son short et son singlet. Je remets mon petit chapeau palestinien et la vie normale reprend son cours.
Nous irons visiter le « National Museum of Australia », plein de ces histoires d’aborigènes, de rochers, de kangourous, d’explorateurs, de coloniaux, de champions australiens, mouches, renards, lapins, koalas, tigres de Tasmanie et dessins énigmatiques de ce rêve où nous vivons.
...
"Oh, excuse me, we are in a church!" J'ai soufflé dans le cul du poulet pour le ranimer. Je m'en excuse. Dans une église, je ne devrais pas! Alors je le retourne et souffle dans ce qui était son cou. Les Australiens (mes tout premiers Australiens!) rient. Nous sommes dans l'église qu'occupe l'Annadale Creative Center, qui m'invite aujourd'hui, par l'intermédiaire de Sue et Steven. Confort suprême: il y a du thé et des shortbreads pour après le spectacle. Je m'assieds alors sur le bord de la scène et écoute les questions des spectateurs. "Where are you from?" D'où je viens? De Belgique. Vous connaissez la Belgique ? Yes! Hercule Poirot! Et dans le cimetière qui entoure l'église, les magpies tiennent la garde. Ces grands oiseaux noirs et blancs ont des bruits de ferraille, des grincements de R2D2, puis tout à coup un chant de soprano étoilée.
...
- Where is the performer? Can we start? But we lost the performer! Where is Stephane?
Un instant de panique dans le théâtre. On a perdu le comédien. Ce soir, c’est la première d’Adam. La première ici, au Spare Parts Puppet Theatre, la première à Fremantle, la première en Australie, et la première en anglais ! Je dirais même, pour moi, la première dans une langue étrangère. La répétition de cet après midi a été très encourageante. Il y a trois jours que je travaille dessus : Une table Ikea, une toile tendue avec la photo de mon armoire entre les pieds, une étagère branlante, un gâteau explosif à réinventer depuis le début, et un texte en anglais qu’il faut apprivoiser. Mais Philip, le directeur et metteur en scène du théâtre qui m’invite, m’a donné quelques indications pour rendre le texte plus compréhensible pour ce tout nouveau public. Avant tout « Don't rush!! » Ne cours pas. OK, je prends mon temps. Et je le sais : l’énergie de ce spectacle est dans le « pas d’enjeu, on s’amuse... »
Avant de jouer, donc, je quitte ma loge, je sors de la salle, je vais voir les invités, puis je prends le soleil sous les arbres qui entourent la maison. Un énorme ficus et trois palmiers ou habitent des cacatoès m encouragent. Energie basse. Cooool.
Et pendant ce temps, c’est la panique dans les couloirs « Où est passé le comédien? » Il fallait voir la tête de Philip lorsque j’ai tapé son épaule parmi les invités. « Je suis prêt !» Surpris, étonné, incrédule : je ne suis pas dans la loge à me concentrer ? Certainement pas. Mon théâtre est au milieu des gens, de la foule, du monde, parmi les cœurs qui battent et les pavés qui s’usent.
Tout se passera bien. Jusqu’ au dernier jour. Cela fait 7 représentations en anglais, avec mes 10 personnages et 12 marionnettes, voix, rythmes, regards et dialogues. J’ai tout de même un article dans l’Australian, journal national!! Il fait bon vivre aux antipodes, c’est parfois plus facile que d avoir un article dans